L'univers de Gyula Krúdy 

2016.01.15.

Editions des Syrtes, 2015,
sous la direction d'András Kányádi

Parmi les grands auteurs classiques hongrois, Gyula Krúdy (1878-1933) a de quoi étonner son lecteur. Aîné d’une famille originaire du nord-est magyar, ayant pour père un hobereau qui ne décide d’épouser la servante qu’après leur dixième enfant, doté d’une taille de géant dont la force prodigieuse impose le respect, il passe aussi pour l’écri-vain le plus prolifique qui ait le moins retouché ses textes. En effet, qui aurait cru que cet écrivain dont la gloire éphémère remonte à l’époque de la Grande Guerre et qui fut d’abord décrié par les nationalistes, puis stigmatisé décadent par les communistes, allait devenir un nom incon-tournable du canon littéraire national, voire européen ? Salué comme le maître de la prose moderne, ce « Maupassant magyar », ou « Proust hongrois » figure au nombre restreint d’auteurs « de l’est » de la pre-mière moitié du XXe siècle qui continuent à intéresser le lecteur étranger.

Le présent volume propose, en se fondant sur le colloque organissé en 2013 par l’Inalco intitulé « La Hongrie engloutie », une réflexion sur l’oeuvre de l’auteur. Au-delà de l’analyse de la plupart des oeuvres accessibles déjà en traduction, ce recueil a pour but d’orienter le lec-teur français dans l’univers « krúdien », très riche et très particulier. Grâce à ce travail d’équipe franco-hongroise, les francophones pour-ront découvrir les divers aspects de la création de l’écrivain magyar.

Les études du volume s’articulent autour de trois grandes parties. La première, placée sous le signe d’une topographie littéraire, s’inté-resse à ses rapports avec l’espace ; ceux-ci reflètent une opposition entre la périphérie et le centre.

La philosophie de Krúdy, deuxième partie du volume, aborde les thèmes de l’auteur qui relèvent de ses connaissances profondes de la nature humaine: l’approche de la féminité, les rapports du soi à l’autre, la représentation des nationalités de la Hongrie historique, et l’intérêt porté à l’égard des Slovaques.

Enfin, la dernière partie du recueil tente de fixer quelques repères de la poétique krúdienne. D’un côté, la pratique de l’écriture : éclatement de la prose traditionnelle par l’autofiction et par la dispersion des voix nar-ratives, portée testimoniale de l’écriture, diverses techniques stylis-tiques, propres à une prose lyrique. D’un autre côté, pratique de la lec-ture et de l’intertextualité : influence des contes arabes des Mille et une nuits, traces des romanciers du réel, Zola et Maupassant, ou encore emprunts aux grands auteurs anglais, Shakespeare et Dickens.

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