Mélancolie de Péter Nádas

2015.09.01.

Le Bruit du Temps, 2015
Traduit par Marc Martin

Péter Nádas dans son œuvre refuse de dissocier fiction et essais. Cependant, ses textes les plus réflexifs sont moins connus en France que ses romans. La présente prose méditative, Mélancolie, a été publiée par l’écrivain en 1988. Tout entière consacrée à l’analyse d’un tableau du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich, elle constitue, avec les reproductions des œuvres commentées, un merveilleux petit livre d’art. Le paysage dont il est question est une marine conservée dans un musée de Berlin qui, nous dit Nádas, permet de contempler « le plus vaste des espaces inimaginables », le vide qui lui paraît résider au cœur même du mot hongrois qui désigne la mélancolie. À partir de là, le texte est à la fois une description minutieuse du tableau, une méditation sur la mélancolie, et une plongée dans ce qui se passe en nous lorsque nous le contemplons. La description du processus créateur de Friedrich, à partir des quelques tableaux dont nous disposons qui permettent d’imaginer les conditions de son atelier, est fascinante. Tout comme la réflexion sur l’intrication chez l’homme, entre images et concepts, entre savoir et sentiment, entre esprit et âme que Nádas découvre dans le tableau de Friedrich mais qui est aussi au cœur de son œuvre propre. Une réflexion aussi tourbillonnante et vertigineuse que les nuages représentés par le peintre, dans lesquels Nádas finit par reconnaître la figure mystérieuse de Protée.
 

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