Le crâne d'Attila. Aventures archéologiques en Hongrie de Ferenc Móra

2014.03.28.

Editions Errance, 2014
Sélection des textes, traduction : Katalin Escher et Iaroslav Lebedynsky

La Hongrie est un paradis archéologique. On y connaît de nombreux vestiges préhistoriques, surtout de l’âge du Bronze. A l’âge du Fer, les Celtes et les nomades des steppes eurasiatiques, dont les Scythes, se sont rencontrés sur le Danube. A l’époque romaine, le fleuve formait la frontière entre les provinces pannoniennes de l’empire et les Sarmates. Huns, Goths, Gépides ont occupé à la fin de l’Antiquité des portions du bassin des Carpathes. Les Avars, puis les Magyars s’y sont sédentarisés, et ces derniers ont fondé le royaume de Hongrie. Tous ces peuples, toutes ces cultures ont laissé d’abondants vestiges.

Ferenc Móra (1879-1934) a fouillé beaucoup de ces sites. Il s’est particulièrement intéressé aux vagues successives de peuples cavaliers qui ont achevé leur course en Hongrie. Plus qu’une activité professionnelle, l’archéologie était pour Móra une passion dévorante. Il se décrit comme un « archéologue qui n’est même pas une taupe diplômée, seulement un amoureux, par passion privée, de notre terre aux nombreux secrets ». Il fouillait même pendant ses vacances, et il complétait à l’occasion, de sa poche, les fonds toujours insuffisants du Musée.

Les récits autobiographiques présentés ici ont été initialement publiés dans des journaux avant d’être réunis. Représentatifs à la fois du style littéraire du journaliste et de l’enthousiasme de l’archéologue, ils ont connu un vif succès et plusieurs éditions en Hongrie. Ils sont rédigés sur un ton alerte et volontiers ironique. « Monsieur le Directeur » se met lui-même en scène et dépeint ses démêlés avec des paysans méfiants et la bureaucratie hongroise. Pour Móra, l’archéologie hongroise est une affaire personnelle et presque sentimentale. Le terme d’« ancêtres » revient sans cesse sous sa plume pour désigner les occupants des tombes qu’il découvre, qu’ils soient Sarmates-Iazyges, Huns ou Magyars. Il les traite avec affection et respect – au point d’être hanté, pendant une maladie, par le « Squelette Oublié » négligé lors d’une campagne de fouilles. Il vit comme un drame la destruction de sites, la perte ou le bris d’objets uniques, l’impossibilité de sauver tous les vestiges de ce passé qui le fascine. Ce n’est pas un chercheur de trésor : il tente de percevoir, à travers rites et objets, la pensée et le mode de vie de cultures disparues. En cela, il est pleinement un archéologue moderne.

L’ouvrage rassemble les souvenirs les plus marquants de la carrière archéologique de Móra et illustre en même temps ses talents littéraires. Archéologue, écrivain pour enfant et adulte, conteur, journaliste, Ferenc Móra avait tous les talents. L’homme et son oeuvre, bien connus en Hongrie, tant pour ses oeuvres que pour ses engagements et son caractère humain et ferme. De nombreuses rues et institutions (écoles, maison d’édition etc.) portent son nom. Le lecteur français goûtera, nous l’espérons, la couleur locale de ces petites aventures et leur côté parfois loufoque. Il verra aussi, s’il est sensible à l’archéologie et en général à la préservation du patrimoine, à quel point les réflexions et les avertissements de Móra conservent toute leur actualité.

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