Harmonia Caelestis
Péter Esterházy

2010.10.19.

Editions Gallimard, 2001
Traduit par Joëlle Dufeuilly, Agnès Járfás

« Combien de fois le vagabond, assis au creux des vieux saules conteurs, a-t-il vu en rêve mon vieux père saupoudrant de sel, blanc comme neige, la grand-route qui s'étendait à l'infini devant lui, à seule fin de conduire Marie-Thérèse, même en plein cœur de l'été, de Vienne à Kismarton sur son traîneau moscovite attelé à des rennes  ! Combien de fois le voyageur transdanubien, déjà prédisposé à la rêvasserie, a-t-il écarquillé les yeux en se retournant lorsque le cocher lui dévoilait, d'un claquement de fouet, de féeriques châteaux  ; de gigantesques parcs sommeillant sous les caresses du soleil  ; des lacs ondoyant à l'infini dans l'argent, où sautillait parfois un poisson rouge  ; des réserves de chasse d'où les biches risquaient un regard craintif, comme dans les livres d'images... et le cocher de grommeler sous sa moustache rougeassante : Cela aussi appartient à, ici apparaissait le nom de mon père. »


Le destin de sa propre famille, une des plus anciennes et plus puissantes d'Europe, sert ici de canevas à Péter Esterházy pour un imposant projet romanesque. Le ton du livre est iconoclaste, drôle, insolent, mais l'enjeu du romancier est clairement lisible : retrouver son identité sous le poids de l'Histoire, en l'occurence celle de ses ancêtres et de son pays.

La quinzaine litteraire (2002 févr)
Le monde Littératures (2002 janv)
Libération_2002_janvier

page précédente