Aimez-moi
Attila József

2010.10.19.

Editions Phébus, 2005
Georges Kassai et Jean-Pierre Sicre 

Le poète « né avec un couteau entre les mains » ne sait pas se servir de ses armes, sinon contre lui-même. Aux autres, il s'offre nu, avouant d'emblée ce qu'il faut toujours taire : « Je ne sais qu'aimer ». En tout cas il ne saura pas grandir, restant jusqu'à la fin ce gamin sans attaches, faraud et timide, violent et tendre, à qui la tranquillité toujours sera refusée. Un gamin qui crie « Aimez-moi ! » et à qui répond le silence. Un maladroit que la vie sans cesse fait trébucher et qui malgré cela décoche contre le ciel des flèches d'une précision toute rimbaldienne — ou verlainienne… car la musique habite sa poésie comme aucune autre, ainsi que l'a tout de suite saisi Bartók (ce qui oblige ses traducteurs à être poètes eux-mêmes, ou à démissionner).Georges Kassai a travaillé plusieurs années à cet ouvrage qui est un peu, pour lui, la justification de toute une vie (son père adoptif, poète lui-même, fut très lié avant la guerre avec Attila József). Il a recensé toutes les traductions existantes des poèmes, depuis la brève plaquette (admirable) publiée par Marcel Lallemand à Budapest en 1948, en passant par le livre d'hommage (Seghers, 1955) où Ladislas Gara donnait la parole à Tristan Tzara et à tant d'autres, et surtout par la merveilleuse anthologie de 1961 préfacée par Guillevic (aux Éditeurs Français Réunis), où l'on retrouvait, en qualité de traducteurs, Jean Rousselot, Guillevic bien sûr, Tzara encore, Alain Bosquet, Georges-Emmanuel Clancier, Jean Cayrol, René Depestre, Paul Éluard… Ces trois ouvrages, est-il besoin de le dire, sont vite devenus introuvables, et Attila József serait chez nous à peu près absent des rayons de la librairie aujourd'hui si n'avaient vu le jour ces dernières années deux brèves anthologies bilingues : Le Miroir de l'autre, aux Éditions de La Différence (trad. Gábor Kardos, coll. « Orphée ») et Complainte tardive aux Éditions Balassi à Budapest (trad. Georges Tímar) — l'une et l'autre n'offrant guère, hélas, qu'une soixantaine de pages de traductions. Au total à ce jour, la plus importante compilation disponible des oeuvres du poète demeure la sélection déjà proposée par Georges Kassai dans le N° 5 de la revue « Caravanes » : maquette, en quelque sorte, du présent ouvrage.Celui-ci rassemble, avec un important appareil de présentation et de notes, l'essentiel de l'OEuvre poétique (près de 400 poèmes) : G. Kassai a repris les traductions dues à ses illustres devanciers, quand elles existaient (mais plus des trois quarts du corpus poétique restaient à traduire — et à traduire « en rythme », ainsi qu'ont pu le constater les lecteurs de « Caravanes » qui ont eu un avant-goût du résultat). C'est que les vers du divin Attila exigent, pour libérer toute leur énergie, une scansion régulière dans la langue d'arrivée, et parfois même la rime ou a tout le moins l'assonance — ce qui risque de nuire à leur souveraine liberté si l'on n'y veille. On y a veillé. G. Kassai et J.P. Sicre ont fait passer chaque vers à l'épreuve du « gueuloir » : il faut, assurent-ils, qu'un comédien puisse dire ces textes en donnant l'illusion qu'ils ont été composés directement en français — sinon l'on doit remettre la traduction sur le chantier… ce qui a été fait chaque fois que nécessaire.On a joint ici à l'OEuvre poétique (dont on a traduit toutes les pièces significatives) une brève sélection de « textes intimes », pour que le lecteur ait entre les mains un corpus à la fois cohérent et ne laissant dans l'ombre aucune facette de la vie du poète.Cela suffira-t-il à faire exister l'infortuné Attila en notre langue ? A le faire dé-mourir ? Il en était venu, tout à la fin, à supplier le ciel de le terroriser assez pour l'empêcher de recourir au suicide :Seigneur, donne-moi la peur.Retiens-moi dans ta colère,Accours de tes profondeursPour que le Rien ne m'enterre !A cela il échoua. Mais le Rien ne l'a pas pour autant enterré : il laissait derrière lui, bien vivante, une oeuvre qui avait en elle de quoi se défendre — et nous défendre — contre la Mort. Toujours ça de pris.

Charlie hebdo, novembre 2005
Epok, février 2006
Evenement du jeudi_nov 1999
Journal_févr 2005
La Croix_ octobre 2005
Le Figaro, décembre 2005
Le Magazine littéraire, avril 2006
Le Monde, décembre 2005
Le Point, octobre 2005
L'Humanité
L'Humanité_février_2006
Libération_12 janvier_2006
Lire, novembre 2005
Livres Hebdo, octobre 2005
Marianne, novembre 2005
Nova Magazine_avril_2001
Quainzaine littéraire, novembre 2005
Quinzaine litteraire_dec_2005
Regards, avril 2006
Soleil_janvier 2006
Valeurs Actuelles, mars 2006

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