Bourse de traduction
2 février 2011, Institut hongrois de Paris

2011.02.07.

 Résumé de Johnatan Joly

En présence de nombreux professionnels de l’édition et de la traduction, la directrice de la Fondation du Livre hongrois, Dóra Károlyi, a exposé la situation passée et présente de la subvention des éditions à l’étranger et s’est interrogée sur « l’avenir incertain » de la Fondation.


La Fondation du Livre hongrois est créée en 1992 dans le but d’assurer la parution des meilleurs œuvres magyares, se cantonnant de fait, au soutien de maisons d’édition. Son rôle premier est donc de fournir aux lecteurs des ouvrages de toute première qualité. Elle évolue en 1997, avec le lancement d’un programme d’aide à la traduction. Ainsi, en quinze ans, la Fondation a soutenu la parution de plus de 800 livres, édités en 35 langues et dont 50 en français. En l’espace d’une décennie, la moitié des 80 livres traduit du hongrois au français l’ont été grâce à l’action de la Fondation. Elle travaille également comme bureau d’information, facilite les contacts entre les auteurs, les ayant-droit ou les maisons d’édition partout dans le monde et offre même stages et bourses de traduction.

 

La Fondation endosse également un rôle marketing. La promotion de la littérature hongroise dans le monde est l’une de ses missions premières. À cet effet, elle présente les nouveautés littéraires dans de nombreux fascicules comme, par exemple, « Les 12 incontournables » mettant en avant des ouvrages en hongrois méritant d’être traduit (depuis sa parution en 2009, près de la moitié l’ont été). Elle travaille aussi sur internet, via notamment www.hunlit.hu qui propose des fiches informatives sur 200 auteurs en hongrois, anglais, allemand et français. Il existe des sites spécifiques pour différents pays, dont www.littératurehongroise.fr, créé depuis maintenant 1 an.

 

Malgré tout, l’avenir de la Fondation du Livre hongrois est plus qu’incertain. Le nouveau gouvernement hongrois désire en effet réformer les Fondations étatiques. Un nouveau cadre et de nouveaux financements doivent donc être trouvés. Néanmoins, la Fondation sera présente au Salon du Livre 2011, et vous attend nombreux à son stand.

 

Après avoir présenté les activités de la Fondation du Livre hongrois, sa directrice accompagnée de Zoltán Jeney et Gábor Orbán, de l’Institut hongrois de Paris, ont révélé leurs coup de cœur, à traduire le plus vite possible !

 

György Spiró (qui a déjà été traduit en français dans les années 1980 avec Les Anonymes).


Tavaszi Tárlat (Exposition de printemps) est un roman sans prétention ni fioriture, qui décrit l’Après octobre 1956 en Hongrie. Les états d’âmes du pays sont décryptés du point de vue d’une personne hospitalisée durant l’insurrection, mais qui se retrouve quand même pris dans les tumultes qui agitent le pays. En parallèle, le personnage de sa femme, qui travaille dans une salle d’exposition à Budapest, permet d’analyser les réactions du milieu artistique. Le roman est donc assez rigoureux et relate des faits réels, citant notamment de vrais noms ; à comparer avec Le Zéro et l’infini d'Arthur Koestler et Le Procès de Franz Kafka.

 

Autre ouvrage de G. Spiró, Fogság (Captivité), roman historique présent dans « Les 12 incontournables » de la Fondation du Livre hongrois, est quant à lui très ambitieux. Au temps de Jésus-Christ, un personnage assiste à tous les événements importants de l’époque. Le roman tente de retracer la naissance du christianisme du point de vue d’un Juif de Rome. L’ouvrage paraît cruel, les scènes sanguinolentes s’enchaînent mais ce n’est jamais gratuit, servant admirablement le propos.

 

Závada Pál


Son œuvre est inédite en français alors même qu’elle a déjà été traduite dans de nombreuses langues, notamment en russe. Ses ouvrages traitent généralement du sort des minorités, avec comme sujet de prédilection : les Slovaques dans la Hongrie du début du XXe siècle. Plus que des romans historiques, Z. Pál écrit la nostalgie.


Texte simple et linéaire, Idegen testünk (Notre corps étranger) se déroule durant l’entrée des troupes hongroises en Transylvanie après la signature du Traité de Vienne. Le roman décrit les réactions des Hongrois qui recouvrent leur territoire perdu lors du Traité de Trianon et analyse la situation des différentes nationalités dans ce nouveau système. Adapté au théâtre, sous le titre Magyar Ünnep (Fête hongroise), la pièce rencontra un grand succès à Budapest.


Autres suggestions par le biais de trois livres qui ont un point commun : réinterpréter l’Histoire. Dans leur forme ils sont différents, mais l’idée de « remplir les blancs » historiques apparaît dans tous les romans.

 

Le premier, Barbarus de Zsolt Kacsor, est une sorte d’antiroman historique et d’antiroman de famille. L’histoire s’étire sur…2000 ans. Elle débute en 33, avec la crucifixion de Jésus et s’achève de nos jours. C’est un défilé de petites histoires racontant la vie d’un personnage qui engendra le personnage suivant, qui engendrera le suivant etc. etc. Le dernier est l’auteur du livre, qui plonge donc le lecteur dans l’histoire de la Hongrie, en Pannonie plus précisément. Le roman est linéaire, puisqu’il s’agit d’une grande fresque familiale, à ceci près que les protagonistes ne sont que des géniteurs, personne ne se connaît vraiment. Souvent d’ailleurs, ils n’ont pas la même nationalité et de fait, le lecteur est face à une mosaïque : les Huns, les Grecs ou les Avares se succèdent dans le bassin des Carpates. Au final, c’est une histoire européenne, une évolution en spirale de l’Histoire, appuyée par des redondances stylistiques et des talents héréditaires chez les personnages, qui montre qu’à la fois rien et tout a changé en 2000ans.

 

Aranyhímzés d'Éva Bánki, dont c’est le deuxième roman.


Dans les années 1970, un évêque part pour Venise dans le but d’enquêter sur la vie de Gellért, en vue de sa canonisation. C’est la naissance de la légende de Gellért, le Saint qui joua un grand rôle dans la christianisation de la Hongrie, puisqu’il était le tuteur du fils de Saint Etienne, le tout sous forme d’un roman policier inspiré là encore de faits réels.

 

Török tükör (Miroir turque), de Viktor Horváth, deuxième roman.


Roman sur la période où les Turcs prennent la Hongrie vue du côté des envahisseurs. Le livre est construit autour de références au roman Les Etoiles d’Eger, sans être une paraphrase. V. Horváth s’inspire d’autres histoires de la littérature, notamment arabes, évoquant par exemple Sinbad ou Ali Baba. C’est donc un habile mélange de fiction et d’histoire ; le lecteur découvrant aussi le passage à l’âge adulte du fils du pacha de Pécs. La construction est très originale et, encore une fois, les faits historiques sont avérés.

 

Miklos Vajda, Anyakép, amerikai keretben (Image de mère en cadre américain) premier roman à 70 ans.


Roman autobiographique autour de la figure maternelle, qui débute dans les années 1930 jusqu’à la mort de la mère de Vajda dans les années 70. C’est une description des relations mère-fils : quand sa mère part aux États-Unis dans les années 50, elle le laisse seul, à 20 ans, dans la Hongrie communiste. Il y a par exemple la retranscription d’authentiques lettres adressées à M. Rakosi, qui rend l’ouvrage très intéressant, notamment sur un plan historique.

 

Parlons enfin d’un poète méconnu même en Hongrie, mais qui est considéré comme l’un des meilleurs par ses pairs. Attila Havasi a écrit les recueils Manócska meghal vagy a lét csodás sokfélesége (Le petit lutin meurt ou la merveilleuse diversité de l’existence), qui par les thèmes abordés rappelle Milan Kundera et 1001 magányos rinocérosz (1001 rhinocéros solitaires). Considéré au prime abord comme un poète pour enfant, dans la construction de son œuvre, il s’inspire en fait de toute l’histoire de la prosodie hongroise et écrit de « charmante tragédie ».

 

Edina Szvoren : Pertu, Palatinus, 2010
Tompa Andrea: A hóhér háza. Tör­­ténetek az Aranykorból (La maison du bourreau. Histoires de l’Age d’or), Kal­lig­ram, 2010

Notes de lectures de Gabor Orban
 

 

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