PILINSZKY, János

1921, Budapest – 1981

Héritier des inquiétudes dostoïevskiennes et des questionnements de la philosophe Simone Weil, chrétien tourmenté, János Pilinszky est un grand poète du XXe siècle. Sa poésie, laconique, dépouillée et d’une grande densité est profondément marquée par la violence de ce siècle et hantée par la vision de l’univers concentrationnaire que, prisonnier de guerre, il découvre en Allemagne en 1945. Topographe d’un monde irréversiblement
dévasté, stigmatisé et en morceaux, son oeuvre n’est pas close et demeure, de notations précises en formulations énigmatiques, de « débris » en « rayonnements », travaillée par un espoir ou une foi désespérée : « Il se dit que rien ne peut avoir de sens s’il est impossible de réparer de quelque façon l’irréparable qui est arrivé. Oui, essayer de réparer l’irréparable, “du moins le premier pas dans l’épaisseur de l’absurde” », écrit Lorand Gaspar qui a traduit et réfléchit l’oeuvre de Pilinszky, mais aussi sa trajectoire poétique : « Il appartient à ces poètes de l’ombre et du silence, emmurés par la tragédie, l’idéologie politique (...) La place tout à fait particulière de Pilinszky dans la poésie hongroise est reconnue dès 1946. Mais le régime le fait taire. Il survit, “comme la pierre”, jusqu’en 1959 : il peut alors publier à nouveau », mais son écriture a changé. « Lui qui avait si tôt maîtrisé les problèmes formels de sa langue, accédé à toutes les richesses de son vocabulaire, au fur et à mesure qu’il avance dans sa recherche poétique, il ressent de plus en plus le besoin de tourner le dos à toute recherche de perfection, de renoncer à tous les “signes extérieurs de la richesse”. Il veut désormais que les mots dont il se sert soient aussi parmi les plus usés, des mots quelconques, sans éclats, tirés du grand dépotoir de la langue. Son ambition, de plus en plus, est de créer une poésie pour les “horrifiés”, et pour tous ceux qui sont livrés au mépris, à toutes sortes de boucheries morales ou physiques ». (Lorand Gaspar, préface, 1991)

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