NÉMETH, László

1901, Nagybánya – 1975, Budapest

Écrivain et essayiste, László Németh est un prosateur marquant du XXe siècle et du mouvement littéraire dit populiste, qui s’accompagne dans son oeuvre d’un certain élitisme. Il est l’auteur de nombreux essais (critiques et études) réunis en partie sous le titre de La révolution de qualité (A minőség forradalma, 1940), réalisant dans ce genre une synthèse entre la subjectivité d’Ady et l’objectivité de Babits. Il y réfléchit aux impasses du développement hongrois, à la place de la Hongrie dans l’Europe, aux aléas de la civilisation moderne (un de ses premiers essais, en 1933, est consacré à Ortega). On peut dire pour résumer que « Németh rêvait de voir la Hongrie (une “Hongrie-jardin”) s’engager dans une troisième voie entre capitalisme occidental et “socialisme oriental” » (B. Boiron), et ce en s’appuyant sur la couche jugée la plus authentique de la nation, la paysannerie, qu’il magnifia, même endeuillée, dans ses grands romans. Alors que ses débuts littéraires s’étaient faits dans l’orbite de Nyugat, tandis qu’il achevait ses études de médecine dans la seconde moitié des années 1920, László Németh rompt avec ce cercle et fonde en 1932 la revue Tanú (Témoins) qu’il rédige seul jusqu’en 1937. Il est le continuateur de la tradition réaliste, qu’il croise avec la dimension réflexive des romans modernes de la conscience. Ses trois grands romans : Gyász [Deuil] en 1935, Iszony [Horreur] en 1947 (trad. française Gallimard, 1964, sous le titre d’Une possédée) et Égető Eszter en 1956 sont des observations
presque médicales des relations entre la communauté villageoise et un individu hors du commun, qu’il s’agisse de l’initiation ou du salut de personnages de saintes ou d’héroïnes ou au contraire de l’inéluctable isolement de figures monstrueuses, telle Zsófi Kurátor, « ange noir » ou « déesse paysanne » sacrifiée qui s’oppose à l’ordre moral, à la loi séculaire du village sans finalement la remettre en cause ni la perturber.

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