NEMES NAGY, Ágnes

1922, Budapest – 1991

« Rompant avec la tradition hongroise Ágnes Nemes Nagy
développe, dans la lignée de Mihály Babits, une poésie de
construction savante, apparemment froide, mais qui tente d’atteindre à l’aide de ses images une réalité tenue à distance, l’essentiel des choses » (Szávai-Lance, Nouvelle poésie hongroise, 2001). Figure phare de la littérature hongroise d’après-guerre, elle fonde en 1946, avec János Pilinszky, la revue Újhold, dont le
 nom (« Nouvelle lune ») désigne bientôt une poésie d’une grande exigence philosophique et formelle. La revue est interdite dès 1948 et Ágnes Nemes Nagy empêchée de publier pendant une dizaine d’années. Elle définit dans son second recueil, Éclair sec (Szárazvillám, 1957) publié après cette longue période de silence le « lyrisme objectif » auquel elle tend et qui se manifeste également dans des poèmes en prose comme Restructuration d’une gare (Egy
où elle interroge, à travers les lois de la physique, la structure de l’être. Dans le cycle intitulé Ekhnaton (1967), sa poésie relie en une seule unité l’éternel et ses manifestations dans le monde sensible, continuant de travailler dans le recueil intitulé Les Anges et les chevaux (A lovak és az angyalok, 1969) sur les liens entre le céleste et le terrestre, le proche et le lointain, mais aussi dans Les souvenirs de la terre (A Föld emlékei, 1986), à partir de débris, de restes, sur les liens entre le passé et le présent. Depuis ses débuts, sa poésie exprime par ailleurs la situation existentielle de l’homme moderne « entre morale et effroi », dans une exigence constante de recherche de la vérité. « Le poète moderne – a-t-elle dit – est en général
compliqué parce qu’il veut tirer au clair des choses compliquées. L’obscurité d’aujourd’hui est en fait exigence de clarté. » Elle a également écrit de nombreux essais consacrés à la traduction littéraire, à la poésie et à la création.

page précédente