KONRÁD, György

1933, Debrecen

Essayiste, sociologue, romancier, György Konrád est « écrivain de la culture européenne, de la liberté et de la responsabilité de l’individu ». En 1969, son premier roman, Le Visiteur, dont le personnage est un travailleur social (métier que Konrád exerça de 1959 à 1965) confronté à la maladie, la grande pauvreté et la marginalisation fait grand bruit car il révèle la misère de toute une partie de la société hongroise à l’époque du « socialisme réel ». Devenu une figure centrale de l’opposition, il ne peut plus publier qu’en samizdat, tandis que ses oeuvres sont traduites à l’étranger. Dans ses essais, tels que La Marche au pouvoir des intellectuels (1978, écrit avec Iván Szelényi) ou L’Antipolitique (1982), il réfléchit au rôle des intellectuels ainsi qu’aux limites et aux possiblité de l’opposition. Il pointe l’évolution du marxisme au profit de l’intelligentsia et le pouvoir grandissant de celle-ci sur le prolétariat, réfléchit à la question de l’autonomie de l’invdividu. Malgré la censure et l’interdiction de publier (ses écrits circulent de toutes façons), l’écriture est pour lui une manière d’exercer sa liberté, un travail de l’intelligence sur les brutalités de l’histoire du XXe siècle – qu’il explore dans Les Fondateurs et dans Le Complice – , mais aussi des émotions. Réédité en Hongrie après le changement de
régime, il continue son oeuvre entre récits et essais et demeure une figure majeure de la vie intellectuelle et politique en Hongrie. « J’essaie aujourd’hui de comprendre ce qu’ont été les quarante années passées. J’utilise parfois la précision analytique de l’autobiographie, parfois la concentration symbolique ». Dans Départs et retours, Konrád est revenu sur ses années d’enfance provinciale, qui s’achèvent brutalement avec l’arrestation de ses parents par la Gestapo, les tribulations et la survie de l’enfant dans la capitale et son retour dans la petite ville de Berettyóújfalu où sa famille, ses amis et tous les Juifs ont été déportés et assassinés. Dans Inga (2008), qui revient sur les années du changement de régime, la réflexion sur le
passage (ou le retour) à une vie civile entraîne la remémoration des pivots traumatiques et fondateurs que furent 1944 et 1956. Konrád y médite également sur la survie, sur le souvenir et son écriture.

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