KERTÉSZ, Imre

1929, Budapest - 2016, Budapest

Né à Budapest en 1929, Imre Kertész est déporté en 1944 à Auschwitz puis Buchenwald, à l’âge de quinze ans. Devenu journaliste, il est licencié en 1951 quand son journal est proclamé organe du parti communiste. A partir de 1953, il vit en écrivant des pièces de théâtre et surtout en traduisant de l’allemand auteurs et philosophes (Nietzsche, Freud, Roth, Hofmannstahl, Schnitzler, Canetti, Wittgenstein). Il se tient à l’écart de la vie littéraire et à sa première parution en 1975, Être sans destin, qu’il a commencé à écrire en 1963, est complètement ignoré. Les deux volumes venant compléter ce qu’on considère comme une trilogie, Le Refus (qui évoque l’impossibilité de faire entendre la voix qui est la sienne, et d’exister, dans une dictature) puis Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas suivent en 1988 et 1990. Traduite en anglais et en allemand puis en français, son oeuvre est redécouverte dans les années 1990, et reçoit le prix Nobel en 2002. Remarquable et dérangeante, cette oeuvre est profondément marquée par 111 l’expérience concentrationnaire et par l’analyse des effets dévastateurs des systèmes totalitaires. Dans une langue « exilée », elle se constitue comme une manière de résister pour un être condamné à constater l’absurde du monde, où le statut d’être humain lui a été refusé. Tout en montrant la destruction et la négation de l’individu, la narration d’Être sans destin du point de vue d’un jeune garçon plus étonné que révolté par la barbarie dans laquelle il est plongé pose la difficile question d’une adaptation possible, d’un conditionnement aux entreprises de déshumanisation. « La langue de Kertész est très concise, et c’est d’abord par elle que tout est remis en question. Significativement, le premier mot de Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas est «Non !» Le narrateur y déploie un soliloque presque obsessionnel sur les souffrances, l’oubli, l’existence sur laquelle on ne saurait revenir. (…) Recourant à des images qui expriment sans cesse le doute, Kertész s’avère un grand maître de la langue. Celle-ci, certainement marquée par ses traductions de Wittgenstein, tend au discours philosophique. A la fois témoignage sur sa personnalité et véhicule de jugements universels, elle se veut une sorte de quintessence de la survie » (Fridrun Rinner).

Article et vidéo sur Imre Kertész : "Lhistoire de mes morts" de Clara Royer, Actes Sud, 2017

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