JÓKAI, Mór

1825, Komárom – 1904, Budapest

Jókai est l’un des très grands classiques de la littérature hongroise et le prosateur sans doute le plus populaire de son pays. Ses oeuvres complètes ont été tirées en cent volumes et abondamment traduites, de son vivant déjà. En France, c’est dans les années 1880-1900 qu’on traduisit Jókai, nourri lui-même par les oeuvres de Victor Hugo et Alexandre Dumas. Né dans une famille de la noblesse calviniste, ses études de droit terminées, il se rendit à Pest,
publia avec succès ses premiers romans, épousa la célèbre actrice Róza Laborfalvi et, aux côtés de son ami de collège Sándor Petőfi, prit une part active aux journées révolutionnaires de mars 1848. Après l’échec de la guerre d’indépendance, il dut se cacher et ne put écrire pendant quelques temps que sous un pseudonyme. Élu député en 1861, rédacteur en chef de plusieurs journaux politiques ainsi que de l’hebdomadaire satirique Üstökös qu’il fonda en 1858, il se tailla un immense succès populaire avec une centaine de romans, des pièces de théâtre et plusieurs milliers de récits. Cette préférence pour le roman distingue d’ailleurs Jókai des autres grands écrivains de son temps qui étaient avant tout des poètes. Il fut donc amené à « se servir d’un instrument encore peu perfectionné dans cette prose qui avait été peu cultivée avant lui, et qu’il a essayé de mettre en état d’exprimer la pensée du monde occidental que les meilleurs des Hongrois avaient l’ambition de rattraper » (Aurélien Sauvageot). Dans ses très nombreux récits romantiques, Jókai exalte les épisodes héroïques du passé de la nation hongroise, de l’époque de la domination ottomane à la guerre d’Indépendance de 1848-49 et sa répression par le despotisme autrichien, ainsi que la résistance des patriotes (comme dans Les Trois Fils de Coeur-de-Pierre ou Le Nouveau seigneur). Attiré par l’exotisme et l’extraordinaire, il écrivit également des romans d’anticipation témoignant d’un imaginaire technique autant que de préoccupations sociales (Les Diamants noirs, 1870 ; L’Homme d’or, 1872 ; Le Roman du siècle futur, 1872).
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