ILLYÉS, Gyula

1902, Felsőrácegrespuszta – 1983, Budapest

Poète, prosateur, dramaturge, essayiste, Gyula Illyés fut une figure centrale de la littérature hongroise de son époque dont l’oeuvre « identifiée aux drames de conscience vécus par sa patrie » constitue également le document d’une « destinée littéraire aux prises avec l’histoire » (André Karátson). Avant de devenir ce poète de la nation, Illyés entra en poésie et en politique avec les avants-gardes. Contraint de s’exiler en 1920, après l’échec de la Commune, il passe six années à Paris où il rejoint le mouvement des jeunes ouvriers communistes et se lie aux surréalistes. Il évoque dans Les Huns à Paris (1943) le souvenir de ces « années 88 d’expérimentation poétique et de prise de conscience révolutionnaire » (A. K.). De retour à Budapest en 1926, il fait partie du comité de rédaction de la revue Dokumentum avec Kassák, Déry, et d’autres poètes de retour d’émigration. Dès 1928 cependant, Illyés rejoint Nyugat, dirigeant ensuite de 1941 à 1944 la revue Magyar Csillag qui lui succède. Entre
temps, il s’impose comme le chef de file du mouvement populiste, notamment avec Ceux des pusztas (1936), qui mêle au récit autobiographique de son enfance une description minutieuse du mode de vie de la paysannerie maintenue dans une extrême pauvreté par un régime semi-féodal en plein XXe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, il est élu député du parti national paysan et dirige la revue Válasz. Bientôt découragé par la chape de plomb
qui tombe sur la vie politique, il se retire dans une maison aux environs du lac Balaton et se consacre à son oeuvre littéraire, tout en demeurant un personnage incontournable de la vie culturelle. Souvent traduit en français, il a été publié entre autres par Gallimard et Seghers. Après la défaite française de 1940, il avait publié en témoignage de solidarité un Trésor de la littérature française et son poème Une phrase sur la tyrannie, écho amer au Liberté d’Éluard est un des poèmes emblématiques du XXè siècle, qui évoque le visage du poète tourmenté par le sort de sa nation, tout en témoignant d’un humanisme universel.

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