HAMVAS, Béla

1897, Eperjes – 1968, Budapest

Écrivain, philosophe. Envoyé au combat pendant les deux guerres, sur le front ukrainien lors de la Première et sur le front russe (dont il finira par s’échapper) lors de la Seconde, la guerre lui coûte blessures et pertes, dont celle de sa bibliothèque lorsqu’une bombe touche sa maison en 1945. Il prend part au renouveau de la vie intellectuelle dans les années d’après-guerre, donnant des conférences et publiant plusieurs ouvrages. Dans l’un d’eux, Révolution dans l’art : abstraction et surréalisme en Hongrie, il développe avec Katalin Kemény une conception de l’art (abstraction et surréalisme comme héritiers de la « magie ») et un rapport au monde où l’intuition mythique est essentielle et qui le situe dans la lignée de Jakob Böhme et toute une tradition spiritualiste, mais où se marque également la lecture de philosophes : Nietzsche et surtout Bergson, ainsi que Kierkegaard, etc. Ce livre, attaqué par György Lukács, lui vaut l’interdiction de publier et la perte de son emploi de bibliothécaire. Contraint à travailler en province comme manoeuvre ou magasinier, il continue son oeuvre dont une partie paraît en samizdat avant d’être éditée pour la première fois à la fin des années 1980. Celle-ci est tout entière marquée par une pensée de la scission entre l’être authentique et les aliénations et errements de l’existence moderne. Scientia sacra regroupe ses recherches sur l’âge d’or, nourries des livres sacrés des traditions orientales, des philosophies présocratiques et du christianisme primitif. Quant à son grand roman, Karneval, « catalogue de destins » du XXe siècle, il consiste en une vaste quête en sept mouvements ascendants. Tous les textes de Hamvas, où l’humour et la liberté se mêlent à un vaste savoir, sont en même temps les pièces d’une écriture poétique d’une grande richesse.

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