FÜST, Milán

1888, Budapest – 1967

Poète, auteur dramatique, auteur de roman et de nouvelles, esthète et théoricien, Milán Füst a écrit dans tous les genres une œuvre cependant profondément unie par certains thèmes sans cesse retravaillés et une conception très exigeante de la création littéraire. Figure intempestive et érudite, il traita dans certaines pièces de théâtre ou récits de sujets historiques (comme les persécutions religieuses dans l’Angleterre du XVIIe siècle dans Avent), tandis qu’il emprunte volontiers en poésie – où il introduisit et illustra l’usage du vers libre – un discours archaïsant, et plonge dans ses récits dans les profondeurs de la personnalité, qu’il restitue dans des clair-obscurs marqués par son vif intérêt pour la psychanalyse – et une prédilection pour les personnages possédés d’une imagination tyrannique. Il inventa pour la prose une sorte d’oralité extrêmement travaillée, grâce à un traitement rythmique et poétique singulier de la syntaxe. Représentatif de cette manière, son grand roman, L’Histoire de ma femme, fut rapidement traduit et remarqué à l’étranger (chez Gallimard pour la France, en 1958). Cette écriture qui « restitue le foisonnement d’un microcosme imaginaire, et le rayonnement de son verbe ne cesse[nt] de fasciner les nouvelles générations de poètes » (György Rába). En effet, même s’il cultiva son indépendance et se plut à déclarer qu’il n’avait pas de biographie mais seulement une « histoire de son travail », il est important de savoir qu’il fut une des figures fondatrices de la revue Nyugat et de la modernité littéraire hongroise, entouré à la fin de sa vie de jeunes gens qui venaient écouter, entre autres, ses considérations sur l’art et la création, dont une partie avait été réunie en volume (Látomás és indulat a művészetben, 1946), mais qu’il ne cessa jamais de creuser.
 

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