FEJES, Endre

1923, Budapest

« Après la guerre, j’ai parcouru le monde. L’Allemagne, la Belgique. J’ai vécu à Paris. Après deux années de bonheur le mal du pays m’a ramené chez moi. Au début des années cinquante, à l’époque la plus sombre. Puis l’amour me rappela à Paris. On refusa de me délivrer un passeport. Je m’enfuis. Je fus pris. Interné. (...) Ce n’est qu’en 1956 que ma première nouvelle fut publiée. Après quelques nouvelles j’écrivis un roman : Rozsdatemető [Le cimetière de rouille, trad. L. Gara et A.-M. de Backer, Denoël, 1966]. Il souleva une forte tempête. Son héros, un bon "Croix Fléchée" (nazi) qui devient un stupide communiste était inacceptable. Une citation de Pascal, en tête de l’ouvrage, fut la cause de mes véritables ennuis. A cause d’elle, je fus taxé d’anathème existentialiste » (Auteurs hongrois d’aujourd’hui, 1996). Écrivain des ouvriers des faubourgs de Budapest, le réalisme de Fejes n’avait cependant rien de « socialiste » ni de moral, notamment dans cette saga anti-héroïque de l’ascension d’une famille. Dans ses nouvelles, par ailleurs, Fejes évoque souvent les souvenirs de son enfance dans le VIIIe arrondissement bigarré de Budapest, témoignant de la capacité de la nostalgie à transfigurer la réalité, mais aussi de l’écriture à défaire les constructions de l’idéalisme.
 

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