ESTERHÁZY, Péter

1950, Budapest - 2016, Budapest

Péter Esterházy est une des figures marquantes de la génération d’écrivains qui commence à publier à la fin des années 1970, et souvent considéré comme l’un des représentants majeurs d’une littérature hongroise postmoderne. En témoignent ses premières publications autoréflexives et spectaculaires, avec leurs pratiques ludiques et l’influence des modèles (avant d’être écrivain, Esterházy a étudié les mathématiques et exercé le métier d’informaticien), leurs notes marginales s’autonomisant et leurs trouvailles typographiques, les citations cachées et le jeu intertextuel, le pastiche et les prises de rôle (comme dans le volume publié sous le nom de Lili Csokonai, où est narré dans une langue du XVIIe siècle stylisée le quotidien le plus banal et le plus cru). Si tout est littérature pour Esterházy, il y a dans ce tout une immense culture historique et littéraire – classique et moderne, européenne –, qui est le matériau premier de sa création, ainsi qu’un souci de compréhension et d’interprétation du contemporain. « Son œuvre se veut tout à la fois une révolte contre la destruction des hommes par la terreur et la violence et une résurrection de l’humanité par le deuil et l’ironie » (Fridrun Rinner). Dans la première moitié des années 2000, Harmonia Cælestis et Revu et corrigé ont marqué la vie culturelle hongroise. Esterházy évoquait dans le premier, au moyen d’exercices de style et de pastiches, les heures de gloires de sa célèbre famille de la haute aristocratie, ses contradictions et ses vicissitudes à la prise du pouvoir pour les communistes, et découvrait à sa parution que son propre père avait été agent de la police politique, ce dont il tira un livre entremêlant le texte des rapports du père et celui du « journal » de la réflexion du fils.

Article sur La version selon Marc. Histoire simple virgule cent pages (trad. Agnès Járfás, Gallimard, 2017
 

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