ADY, ENDRE

1877, Érmindszent – Budapest, 1919 

« Son œuvre assuma les contradictions de la Hongrie qui s’efforçait, dans la monarchie des Habsbourg, de passer du féodalisme à la démocratie. Issu de la petite noblesse calviniste, ce jeune journaliste de province s’était rendu, en 1904, à Paris pour y retrouver Adèle Brüll, une Hongroise mariée, qu’il devait célébrer sous le nom de Léda. Il y découvrit une civilisation supérieure, les institutions républicaines, l’héritage baudelairien. Ces expériences déchirantes – auxquelles s’ajouta la révélation des atteintes irrémédiables de la syphilis – lui firent prendre conscience de son génie et lui indiquèrent une voie majeure pour l’engagement. Poèmes nouveaux (1906), choquèrent les traditionnalistes par la sensualité morbide de l’amour sado-masochiste ; ils déchaînèrent la fureur des nationalistes conservateurs par le parallèle désobligeant que l’auteur s’était acharné à dresser entre Paris "ville sacrée de beaux émerveillements", et Budapest "ville-malédiction", voire la Hongrie toute entière, "cimetière des âmes". Pour sortir de son état arriéré, le pays devait se remettre en question, se renouveler socialement, intellectuellement. Sang et or (1907), prépara le chemin à la revue Nyugat dont Ady, proche des radicaux en politique, devint le chef de file incontesté. Il n’en demeura pas moins aussi le poète de la fin d’un monde, au temps surtout de la Grande Guerre dont cet homme gravement malade, usé par la névrose, par l’alcool, se voulut à la fois le témoin halluciné et la victime expiatoire ». (André Karátson, in : L’O&il de la Lettren 1995)

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